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Mascaret
Surf 30/01/2002 Mascaret
Il n'y a pas que les Océans pour produire des vagues. La Dordogne révèle son mascaret lors d'une expédition en Zodiac. Explications, riders et vidéos. Tout sur le ride d'eau douce, de Bayonne à Bordeaux.
Antony "Yep" Colas, Laurent Masurel, Fabrice Colas Il n'y a pas que les Océans pour produire des vagues. Y'a aussi les mers, les lacs et même les rivières. Le Mascaret est une onde de marée qui remonte certains fleuves à certains moments. Si la série de vagues ne passe qu'une fois au même endroit, cette série peut déferler sur des dizaines de spots de plusieurs centaines de mètres. Pourquoi ne pas suivre cette vague itinérante ? En voiture, c'est possible mais en Zodiac, c'est le top ! Mais attention, y'a moyen de choper des galères !
 
Christophe Reinhardt Le mascaret correspond à une onde de marée, qui se produit au moment même du remontant quand la marée est au plus bas et commence juste à remonter. Le différentiel de hauteur d'eau ne s'accentue que si le profil du cours d'eau permet à cette onde de se canaliser, de s'amplifier puis de déferler quand le niveau d'eau devient suffisamment bas. Il faut que le fleuve présente un estuaire, un rétrécissement progressif et que la pente des berges soit ni trop forte ni trop faible. Bref, comme il faut aussi une amplitude de marée suffisante, rares sont les fleuves et rivières qui, dans le MONDE, génèrent un mascaret.
 
L'expedition en zodiac Si la Seine produisait un mascaret spectaculaire jusqu'à la fin du XIXème siècle, qui avait d'ailleurs noyé la fille de Victor Hugo, ce n'est plus le cas depuis que des endiguements ont été construits pour casser ce qui était un fléau pour les usagers fréquents des berges où le phénomène était le plus destructeur.
En France, c'est la Garonne qui renferme désormais le mascaret le plus conséquent avec cette particularité de propager la « bête » le long de son affluent nord qu'est la Dordogne. C'est d'ailleurs sur cette rivière à St-Pardon que se trouve le spot le plus connu, une section de près de 3 km pour les kayaks. Il faut bien comprendre qu'on est à 120 km en amont de l'embouchure, soit 5h30mn après la marée basse de l'embouchure, le mascaret se propageant à environ 15 km/h.
 
Antony aux commandes Il faut imaginer une série de vagues qui remonte lentement le fleuve en s'amortissant au fur et à mesure qu'elle remonte vers l'amont. Semblable à sa sœur océane, mais avec une fréquence très courte entre les vagues (de 1 à 4 secondes) et une mollesse pathétique par rapport à sa taille. Cela dit, elle ramone les berges avec perte et fracas pour tout ce qui n'est pas solidement fixé. Branches, troncs, bois et déchets de tout poils virevoltent sous l'effet de ce mouvement d'eau. Avant le passage du mascaret, le courant vers l'aval s'intensifie puis s'inverse violemment une fois qu'il est passé.
 
Petit mais parfait ! Le mascaret se produit donc toutes les 6 heures 25min en moyenne dès que les coefficients de marée dépassent 90 (certains anciens de St-Pardon l'ont surfé sur des 70) et surtout quand le niveau d'eau dans la rivière est relativement bas. Ces périodes d'étiages démarrent en Juin si le printemps est sec et en Août si le printemps et l'été sont plutôt humides. La saison se termine en Octobre avec les grosses pluies d'automne mais peut se prolonger jusqu'en Novembre si, comme cette année, les précipitations sont faibles. Sachez aussi que l'orientation et la force du vent jouent un rôle non négligeable : un vent de N/ N-O fort peut accroître la taille de la vague et même avancer l'heure de passage tandis qu'un vent de S-E peut agir en sens inverse.
 
Ce qui nous fait en moyenne de 2 à 4 jours de vagues tous les 15 jours, soit 6 jours par mois. Avec 2 marées par jour, on pourrait dire que ça fait 12 sessions par mois sauf que les heures de passage ne correspondent pas forcément aux heures où il fait jour. Cela dit, on en connaît et ils sont plus nombreux que vous croyez, qui se font le ride la nuit quand la lune éclaire !
A la lecture de ces infos, vous pourriez avoir l'impression que les séries déferlent comme réglées sur du papier musique. Il n'en est rien !
D'abord, l'heure de passage à Libourne, si elle est fixée sur des tables de marée, varie en fonction d'une tripotée de critères. Primo, l'heure réelle de marée à l'embouchure varie en fonction de la pression atmosphérique non prévisible du jour. Deux, selon la hauteur d'eau dans la rivière, le mascaret avance plus ou moins lentement. Quand le niveau est bas, la progression de l'onde est ralentie, le mascaret arrive donc « en retard ». Patience ! Il n'a jamais fait grève. Trois, la façon dont l'onde rebondit sur les berges de la rivière, la façon qu'il a de s'enrouler dans les virages conditionnent un déferlement aléatoire avec les coefficients de marée qui changent chaque jour. Bref, à un point donné de la rivière, un jour ça pète à droite, le lendemain, ça peut péter à gauche. Telle une boule de billard, l'onde rebondit sur les berges de part et d'autre et l'ouverture du déferlement évolue entre ce rebond et le profil de profondeur d'eau à ce moment-là. Si ce charabia ne vous parle pas, rappelez-vous juste que ce phénomène change en fonction de plusieurs variables et que c'est tout aussi fugace que les vagues de l'océan.
 
La photo qui vous transformera en surfer d'eau douce. La longue section de St-Pardon rassemble tous les curieux du phénomène et tous les habitués qui depuis plus de 20 ans pour les premiers kayakistes, viennent ici essayer de battre leur record ou de trouver une place sur les 400m de large. Les beaux jours d'août et de Septembre, il n'est pas rare de dénombrer jusqu'à 100 prétendants à l'onde en kayak, en wave-ski, en longboard, en surf et plus rarement en bodyboard. Y'en a peu près la moitié qui ne part pas (mal placé, trop lent, planche inadaptée) et l'autre moitié forme une guirlande humaine incroyable. Là, la convivialité est de mise, que ce soit avant, pendant et après, où les troquets du coin accueillent sans distinction « Largués et Ramassés ». Allez au Café du Port, c'est plein de photos de vagues, ceux qui ont filmé peuvent montrer les images sur un grand écran et si vous voulez manger, le menu varie entre 80 et 140 frs, et c'est pas du Mac Do. Sans oublier qu'on est cœur du vignoble de Vayres...
 
Christophe Reinhardt sous toutes ses coutures. Quelques dizaines d'opérations plus tard incluant l'achat d'un Zodiac, les démarches pour obtenir l'autorisation de naviguer auprès des affaires maritimes (toute navigation est interdite pendant le mascaret) et les coups de téléphone pour caler 4 personnes sur la stratégie à adopter en fonction des différents paramètres, nous étions prêts le 20 Novembre 2001.
Résultat : les « bore riders » ont pu surfer 6 vagues sur une quinzaine de kilomètres, plutôt des droites. Le plus long ride revient à Christophe Reinhardt sur sa première vague de près de 5 minutes et la plus belle vague revient à Fabrice Colas sur un 56 secondes glassy et creux en fin de trip. Côté Zodiac, on a un peu flippé quand l'hélice s'est plantée dans la vase devant le mascaret tellement c'était « shallow » et qu'il a fallu attendre de se faire tamponner par la mousse pour soulever le moteur ! Quant aux branchages et troncs flottants, on a réussi à slalomer.
 
Christophe, surfer de gros motivé sur 50cm S'il reste encore des dizaines de sections à défricher sur la Garonne et la Dordogne, on pense bien sûr aux Mascarets du Monde. En Europe, c'est sur la Severn près de Bristol que les Anglais ont posé les premiers jalons du surf en rivière puisque le Colonel Churchill a été le premier à surfer le « Tidal Bore » en 1955 ! Entre le record officiel de Dave Lawson en 1996 de 9,12 km (pas plus de 4 km en France) et celui officieux de Steve King (9,76 km), on sait pas bien sauf que les Anglais détiennent le record, officialisé jusqu'à il n'y a pas longtemps sur le Guinness Book ! En 1988, une expédition anglaise partait sur le Qian Tang inaugurer une vague de 3 mètres de mousse qu'ils ne purent surfer que sur 11 secondes avant qu'un des Zodiac ne se fasse bouffer par le « dragon d'Argent ».
 
Glisse tranquille, mais quels souvenirs ! Si le « Tidal Bore » de l'Inde (le Hooghly du Gange) n'a pas encore été officiellement défleuré, que le Turnagain Arm près d'Anchorage en Alaska offre de bons rides dans un décor de montagnes enneigées, c'est l'Amazone qui est devenu en quelques années le Hawaii avec son « Pororoca » dont certains disent qu'il peut atteindre les 4 mètres !
Si une compétition est organisée chaque année depuis 1999 en Mars à São Domingo do Capim, c'est le Rio Araguari dans le Para qui semble concentrer l'attention des Big Wave Riders. Noelio Sobrinho, 30 pororocas à son actif, est un des pionniers du phénomène depuis 1997 et détient le record avec 16 min et 39 sec sur le Marajo ! Ca n'est qu'un début, il a suivi en bateau sur l'Araguari une vague sur plus de 40 min !
 
Les Mascaretteurs de St-Pardon
Hervé, Bruno, Phillipe, ?, Marco, ?, Christophe De gauche à droite :
- Hervé
- Bruno Boué
- Phillipe Garrigues
- Inconnu
- Marco
- Inconnu
- Christophe Reinhardt




Texte: Antony « yep » Colas / Surftrip.net expéditions
Photos : Isabelle Godicheau, Bernard « Hot Session » Auriol
 
Une session type en plein centre ville de Bordeaux !
Pour traverser Bordeaux oubliez la rocade, le Mascaret vous propose un voyage bien plus agréable : du surf en centre-ville.
Samedi 30 Mars 2002 : 116 de coeff', les joyeux mascariders vont fouiner du côté de Bordeaux et trouvent une gauche de 60 cms.
La vague dure 1min 30. Extraits...

1 : On est à ras les quais. Il est 16h 21, Fabrice Colas se prépare à choper le mascaret.
2 : Bruno Boué plus à l'intérieur, a pris le train en route et « cruise » avec Fabrice.
 
3 : Bruno s'est fait larguer. Le Zodiac est au niveau de Fabrice, dans l'entre deux vagues.
4 : 400 m entre les deux panneaux routiers , Fabrice toujours debout, passe le tunnel.
 
5 : Au niveau des cabanes et des barques de pêcheurs , ça recreuse, petit bottom.
6 : arrivée au pont, la vague meurt sur les pylônes... Avant de reprendre un peu plus loin.
 
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